ÉDITO

La relation au cœur des innovations en cancérologie

Les progrès en cancérologie s’accélèrent ces dernières années, au bénéfice de la survie et de la qualité de vie des patients. Des technologies de plus en plus pointues, des traitements de plus en plus individualisés, s’associent à une très nette diminution des séjours hospitaliers. Les soignants et les lieux thérapeutiques se multiplient, rendant nécessaires une coordination claire et efficiente dans les parcours de soins. De nouveaux outils rejoignent les ressources de soin : recueil numérique des PROMS/PREMS (questionnaires d'évaluation et de satisfaction remplis par les patients), développement de la visioconférence, logiciels de soutien aux changements de comportements de santé, activité physique, observance, relaxation… . Parallèlement le développement des soins de support et de la psycho‑oncologie a permis une approche plus globale des malades et de leurs proches facilitant ainsi le travail psychique nécessaire à l’intégration de l'événement cancer et à sa répercussion dans la reconstruction des patients.

Dans ce contexte en mutation, une des bases fondamentales du soin, la rencontre et la relation avec les personnes, est actuellement bouleversée. Rencontres et relations se nourrissent et se fondent sur une continuité de plus en plus difficile à concevoir dans une constellation des soins qui confine parfois à la fragmentation. Les communications patients/soignants et soignants/soignants, soumises aux contraintes du temps, laissent de moins en moins de place à la subjectivité des acteurs pour privilégier l’objectivable. Les maillages en réseaux rendent souvent complexe pour les patients la quête des informations qui les concernent en propre. Et le développement des outils numériques, s’il améliore la transmission des informations et facilite la communication à distance, réduit encore les temps de rencontre avec des patients qui ne savent parfois même plus à qui témoigner de leur sentiment de solitude.

C’est au cours de ce moment d’évolution intense que la SFFPO choisit pour son 36e congrès qui se tiendra les 13, 14 et 15 novembre 2019 à Montpellier, de revisiter les fondements de la relation de soin, d’interroger le devenir de nos relations professionnelles mises à l’épreuve de ces récentes organisations, de réfléchir à ces nouvelles temporalités accélérées, et de considérer les effets du surgissement du numérique dans nos pratiques de soins, sans omettre d’ouvrir les questions parfois « vertigineuses » que l’Intelligence Artificielle nous pose dès aujourd’hui.
Les risques potentiels de morcellement des soins physiques et psychiques, de paroles éradiquées, de relations d’aides devenant des aides sans relation, de communication sans rencontre, nous concernent tous, professionnels des soins psychiques comme des soins somatiques de la cancérologie. C’est ensemble que nous voulons réfléchir, anticiper, proposer, innover, pour que l’évolution de la médecine en cancérologie soit toujours compatible avec un réel engagement dans la relation aux patients.

Soyez les bienvenu·e·s en Occitanie.

Sarah DAUCHY,
présidente de la SFFPO, psychiatre,
Gustave Roussy, Villejuif

Laurent LEMAITRE,
co‑président du congrès, psychologue,
CHU, Montpellier